SALUT A TOI DAVE MIRRA

SALUT A TOI DAVE MIRRA

SOUL_2 le 9 février 2016
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On l’avait vu venir le petit Dave, bourré de talent et de motivation, on ne l’a malheureusement pas vu partir. Une fois digérée la première bouchée amère de ce drâme, on a voulu revenir en quelques lignes sur son parcours en relisant certaines de ses interviews ; revoyant des vidéos, un plaisir que vous vous êtes sans doute fait ce week end si particulier. On a complété en recueillant des témoignages de quelques personnalités françaises qui l'ont cotoyé, de prêt ou de loin (ces colonnes sont ouvertes à qui veut se joindre à l'hommage, tel un livre blanc. Pour le reste, on abandonne l'idée de comprendre l'incompréhensible, et on se méfie des premières hypothèses expliquant son geste...Mais on ne peut pas s'empêcher de se poser des questions sur cette barre délicate des 40 ans, sur la reconversion après une vie de bmxer...d'autant plus quand on en a été la star incontestée, sur la très complexe question de la dépression. Cette perte réveille des choses très fortes en nous, peut être faut il le prendre comme un dernier cadeau, un dernier message, préventif et indirect, involontaire sans doute, du bon Dave. On n'est pas prêt de t'oublier patron !

Les plus vieux se rappellent de son arrivée chez Hoffman bikes en 1992, il devenait ainsi pro au côté de Matt Hoffman, l’icône par excellence du bmx moderne, son « dauphin » Dennis McCoy, puis Jay Miron arrivée dans la même foulée que Dave. Ensemble ces 4 riders d’exception font entrer le sport dans une nouvelle ère devenant les premières stars du bmx popularisées par les XGames créés quelques paires d’année plus tard. Entre temps, Dave s’était pourtant fait renverser par une voiture et s’en était sorti non sans de lourds efforts (opération au cerveau) ; il subit aussi une rupture difficile laissant entrevoir certaines failles, il nagea un temps dans l’alcool au point de prendre 15 kilos. Malgré tout, à force de ténacité et d’un talent évident, il continua de progresser et devint l’imbattable Miracle boy des années Haro. Originaire de l’état de NY, il s’installa à Greenville où il construit son propre spot avec mousse et rési. Il enchaîne pendant des années les succès sur toutes les plus grosses compètes (24 médailles aux Xgames dont 14 d’or) et devient le visage du bmx dans le monde entier. Toute une génération de jeunes découvre le bmx à travers ses exploits, joue à son jeu vidéo (plus d’1 million d’exemplaire vendus), compatit à la perte de sa fameuse rate et le voit devenir une vraie star du grand public avec des pubs pour des grosses marques, des passages au fameux Late Show de David Letterman, la création de sa propre marque MIRRACO. Oui Dave Mirra était bel et bien BIG TIME.
 

- FISE Palavas - photo / Ed Docherty - 

Certains se seront peut être lassés alors de le voir tout remporter avec une facilité déconcertante. Peut être qu’on s’est détaché aussi de tout ce cirque télévisuel pour se retrouver davantage dans les racines du bmx, les nouvelles marques de riders (T1, fit, volume etc) et les aventures champêtres des Road Fools (il participa tout de même à la road fools 9). Mais Dave inspira toujours, et à tous, un profond sentiment de respect. Comment ne pas être admiratif devant un athlète aussi doué, à la routine infaillible, à l’amplitude sans égal et dont ses tricks fous de l’époque (flip fakie, double flip, wall flair, drop en flip, flip 36 condor etc) firent du bmx le sport action le plus complet et le plus spectaculaire. Et on ne parle ici que de son riding, tous ceux qui l’ont rencontré n’ont que des bons souvenirs (cf ci dessous). Bon d’accord, c’est plus simple d’avoir un bon souvenir de lui quand comme moi on ne l’a vu qu’à une table d’un after fise alors qu’il nous offrait le champagne…mais c’est un indice qui répondait délicieusement à la première fois que je le voyais, lors d'une démo à un gliss expo de Paris, en mode fan de !

 - son fameux bmx plaqué or - 

Aujourd’hui, partout dans le monde, à tous les niveaux, les hommages fleurissent, et on se rappelle de tout ce qu’il a apporté au bmx, de l’homme qu’il était. Profondément compétiteur oui, mais en premier lieu pour se dépasser lui même, et jamais pour écraser l’autre (la limite est souvent mal perçue) , voulant toujours donner le maximum, de lui même encore une fois. Dave avait cette flamme qui pouvait brûler l’égo de certains autres forts caractères ; on se souvient de ses altercations rapportées avec Jay Miron, ou encore le quiproquo autour du record de hauteur qui déboussola Matt Hoffman. Tout cela est très bien raconté dans l’interview très touchante de The Albion. Vu de l’extérieur on imaginait bien le garçon sérieux et appliqué, très pro dans sa pratique du bmx et c’est vrai que quelque part il profita un peu de tout ce qui avait été mis en place par Hoffman et les autres anciens, comme Jordan a profité de l’ère Magic, ou Zidane de l’ère Platini. Mais son cœur était définitivement pur, trop peut être pour ce monde désabusant, désamusant. Dave donnait tout pour le bmx, il y consacrait toute son énergie, tout son cœur ; c’est cette passion totale qu’on célèbre ces dernières heures et c’est cela dont on se souviendra pour toujours. 

 

“When I love something I work on it every day,
but when I am over it, I am not doing it and it becomes a chore*.
Then you have to listen to yourself and decide
when it is no longer worth it. “

* une corvée

Et voilà, le temps fait son œuvre, la rampe appartient à Jamie Bestwick, le park à Danie Dhers, et en 2011 il participe à sa dernière compétition de park. Le jeu n’en vaut plus la chandelle, l’équilibre risque / récompense n’est plus aussi avantageux pour celui qui n’a plus rien à prouver. Il s’efface donc discrètement et naturellement, laissant court à ses nouvelles passions. Il était évident qu’un garçon plein d’énergie et accro à l’adrénaline n’allait pas se mettre à jouer aux cartes. Il monte alors dans des voitures de rallye et est plutôt bon, n’ayant pas peur de se frotter aux autres capots. Mais c’est le triathlon qui eut les faveurs de son corps et de son besoin de se prouver qu’il pouvait aussi être performant dans un autre domaine où il n’y a pas besoin de talent particulier si ce n’est la rigueur, le sacrifice, la force mentale (c’est déjà pas mal). Adepte de l’entraînement, du don de soi, il trouve là de nouveaux défis et de la même façon qu’il se conditionna 6 mois avec le surfeur de grosse vague Laird Hamilton pour un combat de boxe télévisé ; il s’entraine des heures et des heures, à cumuler natation (son point faible), course à pied et vélo (le mec a toujours su pédaler fort). Il avait donc disparu de la scène bmx, mais pas de nos mémoires et à travers son compte instagram on le sentait bien dans son corps d’athlète. Il est trop tôt pour partir en conjectures, en analyse de comptoir sur le pourquoi du comment de son geste, mais il est naturel (un peu) et sain (quoique la douleur puisse troubler la pensée), de se poser face aux questions que sa disparition soulève.
 

- Il en aura fait des couves..Sauf Soul, à regret -

Car évidemment, certaines des citations qu’il relayait témoignent d’une certaine sensibilité à un moment de sa vie où il devait se réinventer. Après une vie de succès, où sa détermination l’emmena au sommet de son sport ; une vie durant laquelle il vécut à fond ; il semblait pourtant confiant et bien parti pour réussir la suite. Son investissement dans le triathlon - une passion qu’il partageait avec ses filles - semblait payer puisqu’il était classé dans le top 1% de sa catégorie d’âge (40/44ans) ; il pouvait surtout se challenger lui même. Il aimait sa femme à qui il dédie une photo juste avant le drame. Il avait tout pour continuer à nous bluffer. Finalement, il sera bel et bien allé jusqu’au bout de sa philosophie de vie. Certains artistes écorchés, des sportifs trop doués qui ont dédié leur vie à leur passion, il arrive qu’il y ait des contrecoups inattendus (davantage si ils subissent des traumas craniens ?). Evidemment on ne sait pas le fin mot de l’histoire, on ne cherchera pas en savoir plus pour le moment, car ça appartient à lui et à sa famille, mais je ne vous cache pas que sa disparition prend une résonance particulière à l’aube de la quarantaine. Vu la trace inoubliable qu’il a laissé dans le bmx, cette citation relayée il y a 25 semaines semble valider un choix de vie engagé à tous les niveaux, une vie mémorable qu’il aura maitrisé (j’espère)…jusqu’à sa disparition. On regrette qu'il nous laisse ainsi, sans la chance de le revoir un jour pourquoi pas faire un come back sympathique, qu’il ressente une nouvelle fois l’amour qu’on lui porte, pour qu’il s’en nourrisse et rebondisse. Je vais pas vous mentir, je n'aime pas son dernier trick.

LIONEL CARDOSO

“Je commencerais par dire que je suis profondément affecté par la mort de Dave. Pas parce que je le connaissais personnellement, mais parce que j'ai toujours senti une connexion avec le gars. Je suis né la même année que lui, j'ai aussi deux enfants et surtout nous avons tous les deux grandi  avec et grâce au bmx. En plus d'être un rider légendaire, il était l'un des plus ouvert et généreux que j'ai jamais connu. Dans les années 90, à chaque fois qu'on le voyait aux Etats-Unis, il était toujours content de nous voir quand  nous débarquions sur les contests BS de Hoffman; nous les frenchies,  alors que nombres de pro nous ignoraient tout simplement. Toujours prêt également à nous aider dans la galère quand nous n'avions pas d'endroit ou dormir. Toujours prévenant et souriant. Surtout à cette époque de vache maigre pour le bmx. Malgré l'explosion de la popularité et des  prize moneys du bmx, Dave était resté le même. Toujours prêt à discuter  et à partager avec les jeunes et les moins jeunes. Et puis que de plaisir à le voir rouler là-bas comme chez nous notamment au Fise où la légende s'écrivait à chaque fois qu'il saisissait son vélo. Encore merci de nous avoir autant inspiré et donné de plaisir Dave. Reste en paix et que ta famille et tes proches trouvent la force de  continuer sans toi.”

 

THOMAS CAILLARD

Parlons peu parlons franc. Je suis très sincèrement touché et même choqué d’apprendre le décès d un type que j’ai beaucoup admiré. La plupart des riders de ma génération ont tous voulu rider comme Dave Mirra, personne n’a réussi, il a toujours été au dessus de nous tous et nous le savions bien. Par contre il a toujours été très humble et moi qui suis passionné par les paradoxes c’est un contraste que j’ai énormément apprécié chez lui. C’était une superstar et il était gentil. Quand on a fait les championnats du monde a Limoges en 1993 les organisateurs ne parlaient pas anglais. Paradoxe. Bref pas grave ils m’ont demandé de gérer les américains, Dave Mirra était là. La première nuit on a dormi au foyer des jeunes travailleurs, endroit assez sordide. Je lui ait dit "écoutes je suis désolé c’est la france tu vois blablabla ». Il m’a répondu « t’inquiètes pas je ne suis pas venu ici pour ca, je suis la pour rider et représenter ! » Et il a ri. J’oublierai jamais. On a passé 2/3 soirées ensemble on discutait. Il était toujours au top, vraiment le type sympa. Je n’ai pas honte du tout de l’avouer, je l’admirais et j’aurais aimé rider comme lui, j’avais le même casque etc....Je lui ait dit, il m’a répondu « ce que je fais c’est pas dur, c’est dans la tête, viens chez moi, on ride tous les jours tu verras c’est facile. » J’ai pas pu. Je l’ai revu à southsea pour le king of concrete, j ai fait un pauvre backflip sur une funbox improbable il est venu me féliciter. Je tiens à ce que les gens sachent qu’il était comme ça. Je ne vais pas refaire l’historique de sa vie mais son attitude comparée a son statut de superstar c’était fantastique, même les riders new yorkais en ont parlé il était fantastique.

Le suicide est un choix qu’il faut respecter. Je suis choqué parce que je n’aurais jamais imaginé qu’un tel type puisse en arriver là. Si on savait ce qu’il se passe dans la tête des gens....Les vieux dictons sont vrais, la preuve, c est toujours les meilleurs qui partent les premiers. Un jour avec lui à Limoges j’avais gagné oulala champion du monde de rien du tout, lui il avait une entorse à la cheville et des shows prévus à Los Angeles, du coup je lui ai dit viens avec moi on va rigoler un peu, j ai dépensé 700 francs de Kriter, du champagne dégueulasse pas cher, on s’est fendu la gueule. Ca reste un bon souvenir. Comme beaucoup et je le dis fièrement, j’ai admiré Dave Mirra et j’aurais voulu rider comme lui, j’en étais pas capable. Personne. Je suis choqué par sa mort qui m’attriste beaucoup même si très franchement on était pas les meilleurs potes, il n’est jamais venu chez moi ni moi chez lui. Mais il a été une source d’inspiration pour pas mal de gens et au delà de ça, il m’a fait rêver. Merci à la vie de m’avoir permis de le cotoyer. Je souhaites à ses proches, sa femme et ses filles en particulier, tout le courage nécéssaire, ca va être surement très dur pour elles. MERCI DAVE MIRRA pour l’ensemble de ton oeuvre et comme l’a dit Simon Tabron, puisse tu avoir trouvé la paix. Je suis triste.

PEPE

“Notre grande famille du BMX est en deuil. Après la disparition il y a quelques mois du "God Father of BMX" Scot Breithaupt, aujourd'hui c'est une légende de notre sport qui nous a quitté. J'ai découvert ce kid Dave Mirra alors qu'il n'avait que 14 ans dans une cassette VHS AFA (American Freestyle Association) qu'on commandait par FAX via la presse US dans les années 80. Et puis le kid de Caroline du Nord est devenu grand, très grand. En 1993, on m'annonce que Mirra sera présent avec le Condor Mat Hoffman et Chase Gouin au championnat du monde en France, à Limoges, quelle surprise, ma ville ! Mirra n'avait que 19 ans, il allait haut, très haut sur son HB Big Daddy, au practice, au retour d'un air à plus de 14 pieds, il raccroche le coping et casse sa Peregrine. C'est le père Peyrichoux (Grand père) qui lui réparera sa roue en un temps record. J'ai eu l'immense privilège ce jour là d'être le speaker de la finale par équipe qui opposait le team Hoffman Bike au team Starlight (mon pote Gérard Garcia, Kiki Bioules et Ollie Matthews) Je vois encore les images de cette finale quand j'entends la musique de Fugazi. Puis il y a eu les années Haro pour Dave, il a tout gagné, multiple médailles d'or aux X games (nos J.O. à nous), la Nora cup et son Haro plaqué or, etc… etc.. puis sa marque Mirra.Co et sa reconversion dans d'autres sports où il excellait également. Dave est revenu en France avec Ryan Nyquist pour le Festival International des Sports Extrêmes à Palavas. Je me souviens lui avoir filé un sweat shirt car il avait froid entre 2 runs. Notre shop California Style avait eu le privilège d'être sollicité par Adidas France pour être distributeur des chaussures BMX Dave Mirra Signature. Du coup je ne regarderai plus mes vieilles Adidas de la même manière sur leur étagère. Voilà je suis triste, ce kid nous a fait rêver, il a repoussé les limites du BMX moderne, pour nous aujourd'hui c'est un peu comme si les Footeux avait perdu Zidane ou la perte de Usain Bolt en Athlétisme. Ride In Peace Mirracle boy.”
 

JOHN PETIT
 
“Une légende est partie .... tellement surpris par la News comme probablement énormément de monde , et les souvenirs remontent ... WWWAAAOOUUU. Les boules je m'attendais pas apprendre ça, surtout de cette façon ... Dave était un mec exceptionnel sur son bike ... mais l'être humain derrière ce doux nom de MIRACLE BOY l'était tout autant selon mon expérience à ses côtés .... que dire de plus à part que c'est une grosse perte pour le bmx et mes pensées  vont à ses proches et ses amis ainsi qu'à tous les riders qui ont eu la chance de rider avec lui car il nous manquera et j'aurais toujours un pincement au cœur en voyant des images de lui , un des architectes de notre sport .... Repose en paix. “

SHELTER DOE
 

“Dave Mirra... Un nom qui évoque tantôt un jeu vidéo tantôt un rider d'une autre époque selon la génération à laquelle on appartient. Dans mon cas, Dave Mirra c'est "Miracle Boy" ou le rider qui a trusté le podium des Xgames pendant presque 10 ans. J'ai eu la chance de le côtoyer deux fois, une fois à Palavas et une fois en Floride. Dans les deux cas, j'ai réalisé que rider comme il le faisait n'était pas donné à tout le monde. La vert à toujours été l'aspect le plus engagé du BMX pour moi. Le voir rider en vert était juste hallucinant. C'est simple avant Bestwick, il était le patron. Dave Mirra c'est aussi l'entrée d'ADIDAS dans le monde du BMX avec un pro model de Mirra et de Nyquist ! Alors tout ceux qui ont connus cette époque vous diront que ce n'était pas les meilleurs shoes pour rouler, qu'elle étaient grosses et moches... Peu importe, que des riders BMX soient mis en avant par une marque aussi grosse était une vrai révolution. Pour les avoir porter pendant des années, je peux dire qu'elles étaient à l'image de son riding ; costaud avec une longévité exceptionnelle. Je ne vais pas vous faire un cours d'histoire car je ne suis pas le mieux placer pour le faire mais je voulais juste mettre l'accent sur le fait que Dave était un homme d'action. Il aimait être au top et nul par ailleurs. Je me souviens qu'il avait lancé son prize money dans la foule à Palavas parce qu'il n'avait pas fini premier...Même si le BMX est un peu plus grand public aujourd'hui, ça reste une niche...Je pense que cette niche serait encore plus petite si il n'y avait pas eu Dave Mirra. Merci à lui et paix à son âme”