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AUTREMENT ::

AUTREMENT ::

Septembre 2014, Sylvain Fabre, un bmxer bien connu de Montpellier partait en voyage solitaire avec son chien installé dans une remorque… attachée à son bmx. Un tour de France de 4000 kilomètres pour faire un point nécessaire sur sa vie, et pour voyager autrement. Le voyant partir ainsi je lui demandais de documenter son aventure avec l’idée d’en sortir un petit bouquin, après une première édition partie bien vite, la seconde édition de "AUTREMENT" est désormais disponible sur notre shop. L’occasion de parler avec Sylvain avant qu’il ne parte garder les brebis dans les Alpes, et de donner envie à d’autres de s’y essayer ?


itw : Ben Bello // Photos vélos : Vincent Biraud
BB le 4 juillet 2018

Qu’est ce qui t’a donné envie de faire ce voyage
J’étais dans une période de ma vie où j’en avais ras le bol des relations humaines, suite à certaines déceptions. J’avais envie de me retrouver tout seul … avec Kansa mon chien. Beaucoup de choses ont tourné autour d’elle au final puisque sans elle je n’aurais pas eu à fabriquer une remorque. Au final ce n’était pas mon voyage mais le notre.

Pourquoi le faire en bmx ?
Je fais du bmx depuis que je suis gamin et jusqu’à mes 30 ans. A l’époque je voulais que le voyage ait du sens. Et partir en bmx avec mon chien et mon bmx, c’était partir avec l’essentiel.

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Au retour, après 4000 km !

Quelles modifications as tu fait sur le bike ?
J’ai fabriqué un double manchon pour pouvoir monter la selle le plus haut possible. J’ai du mettre un mois et demi pour fabriquer la remorque qui allait transporter les affaires et le chien. Je l’ai fait d’une façon, ça n’a pas marché, alors j’ai changé de méthode, bidouillé le châssis, fait trois essais avant que ça ne fonctionne correctement. Le premier coup la remorque chavirait, pas top quand la chienne n’est déjà pas très rassuré….

C’est là que je t’ai vu revenir de mission tout boueux et tout heureux ?
Oui, j’étais parti dans les chemins pour voir si ca passait puis j’ai été bloqué par une grosse pluie le soir. Le lendemain c’était une belle galère avec de la boue qui m’empêchait d’avancer. Mais bon je n’étais pas loin de la maison et je me suis bien marré au final. C’est peut être ce que je cherchais un petit peu en me compliquant la vie, en me mettant dans la panade car il fallait que je fasse preuve de réflexion et d’énergie pour m’en sortir.

"il fallait que je fasse preuve de réflexion et d’énergie pour m’en sortir"

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Tu as aussi ajouté un plateau pour les côtes
Oui j’avais deux vitesses si on peut dire. J’ai pris un tendeur de chaine de vtt « single speed » que j’ai adapté pour avoir deux plateaux au niveau du pédalier, un en 25 et un de 30 dents. A l’arrière j’ai adapté deux pignons sur le moyeu, et avec le single speed je détendais ma chaine pour passer d’un plateau à l’autre. Le tendeur aidait à mettre la chaine bien en face, une manipulation qui demandait à ce que je descende de vélo avant et après chaque côte.

Ndlr : Ce qui explique les traces de graisse sur toutes ses cartes

Pour le moins contraignant non ?
En fait pas tellement à partir du moment où tu assumes tes choix de voyage. J’avais décidé de voyager comme ca et je ne devais pas regarder à coté dans le sens où si on pense au vtt avec les vitesses au guidon, dans ce cas on va se demander aussi pourquoi on n’est pas moto où il n’y a qu’à tourner la poignée pour avancer.

Ce n’était donc pas galère, c’était juste comme c’était.
Voilà c’est ça l’idée

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As tu eu des problèmes mécaniques pendant le voyage ?
Oui mais vu que j’avais fait moi même les évolutions j’ai vite trouver des solutions pour réparer. Je n’ai pas eu de surprise. J’avais aussi prévu des outils et des pièces de rechange sur ce qui me semblait fragile. Je voulais être le plus autonome possible et ne pas embêter les gens à droite à gauche.

En terme d’autonomie justement, tu avais quoi sur toi ?
J’avais de quoi faire ma popote, de quoi dormir dehors et j’achetais tous les jours ma bouffe. La remorque chargée faisait déjà 65 kg !

"Je voulais que ce soit moi le moteur"

Par contre pas d’électricité ni de téléphone, pourquoi ?
Pour revenir à ta première question. Je suis parti parce que j’avais un gros soucis sur la façon dont tourne le monde et tout ce qu’on nous a enlevé, tout le savoir. Je trouve que l’humain moderne est mono-tâche, superficiel et qu’il a oublié l’essentiel, c’est à dire savoir trouver sa nourriture, savoir s’abriter, le tout par lui même. J’avais cette envie de vrai, de partir seul sans électricité, sans pétrole, sans cette énergie facile d’accès qui nous transforme en assistés. Je voulais que ce soit moi le moteur, pour me confronter à moi même et mes limites.
J’ai tout de même utilisé une frontale à pile pour m’éclairer le soir, le polaroid pour documenter le voyage et du gaz pour réchaud. Pour le téléphone je m’étais engagé à donner des nouvelles à mes proches, et donc à trouver une cabine téléphonique une fois par semaine. C’est d’ailleurs devenu une petite quête à chaque fois de trouver la cabine qui fonctionne, mais c’est ça allait dans le même sens de prendre son temps.
 

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Tu as roulé des spots pendant le voyage ?
Oui pas autant que j’en pensais parce que de pédaler toute la journée me prenait beaucoup d’énergie. Et il fallait que je démonte pas mal de choses pour remettre le bmx en mode riding du coup devant certains spots de street trouvés sur la route, je faisais l’impasse. Mais quand je m’arrêtais plus longtemps chez les copains je prenais le temps de rouler. J’ai fait quelques champs de bosses et des bowls surtout.

Comment les gens te regardaient sur la route
Il y a eu un peu de tout. Il y a eu des gens surpris de me voir arriver de Montpellier en bmx. Mais la plupart des gens étaient surtout attendris par la présence de Kansa dans la remorque.  Ensuite j’ai vu pas mal de cyclistes qui me voyaient comme un zonard errant sans but. Ces gens ne me regardaient à peine, et ce n’est pas plus mal car je ne voulais pas être perçu comme ces cyclotouristes aux sacoches pleines.
 

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Avec le recul, ce trip a répondu aux questions du départ ?
Je crois oui car ça a été révélateur de plein de choses et notamment autour de la relation naissante que j’avais avec Alba ma chérie. Elle m’a rejoint pour faire les trois dernières semaines de Paris à Montpellier et on a vu qu’on s’entendait très bien sur une durée assez longue. On s‘est bien découvert à ce moment là. J’ai de la chance de l’avoir car on a depuis pas mal de projets communs, cette envie du retour à la terre, à ce qui nous semble vrai. A partir de ce voyage on a enclenché des choses, comme le projet de devenir berger et je  pense qu’on a maintenant une idée bien plus claire de ce qu’on veut faire de notre vie : être le plus naturel possible et apprendre constamment. En pensant ce voyage je voulais me poser la question: comment on fait ? Comment on fait tout seul, comment on fait sans l’aide des autres, comment on fait … autrement.

Merci Sylvain pour cette belle histoire et franchement bravo pour l’avoir écrit de façon aussi claire et brillante. Les plus curieux verront que ce livre est plein de bonnes anecdotes et de réflexions qui donnent envie de voir le voyage autrement.

AUTREMENT ::
Micro édition "La Charrette"
100 exemplaires. 60 pages. 10€
Disponible sur le shop Soul
@lacharrettedepapier

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Titre de la galerie: 
L'EMBARCATION EN DETAILS

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