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PARENTHESE // SKATEPARK D'ATTRACTION

PARENTHESE // SKATEPARK D'ATTRACTION

On l'a bien remarqué, le pays se dote de plus en plus d'infrastructures pour la pratique de sports dits « extrêmes » ou encore de « glisse ». Personne n'ose contester ça ou n'a même la simple idée de critiquer ce nouvel engouement de masse, pour la simple raison que plus y en a mieux c'est. Ok mais si on essayait de voir un plus loin que ce simple constat ?


Texte : Simon Cassol // Illustration : Guillaume Juliot
BB le 23 mars 2017

Alors on va directement s'épargner le pourquoi du comment un skatepark c'est super, on y rencontre ses potes, on peut y faire des acrobaties géniales, ça rassemble une scène, on y organise des jams, c'est un vrai lieu de vie, blablabla on connait c'est pas la question. Ca n'en reste pas moins vrai pour autant, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.

Mais attaquons plutôt là où ça fait mal, le vice caché du merdier. Et si l'arrivée de tous ces « skatepark d'attractions » n'étaient qu'un piège ? Est-ce que ça ne serait pas une forme de contrôle supplémentaire sur nos vies et nos actions ? Et surtout, qu'elles en seraient les alternatives et échappatoires ?

On va pas nous la faire, si les municipalités s'intéressent autant aux activités qu'on pratique (désolé je ne peux pas parler de « sport » à propos du bmx, mais promis on s'en expliquera un de ces quatre) ce n’est surement pas par altruisme, ça se saurait hein ! Du coup pourquoi ?  Et bien déjà autant dire qu'avec un skatepark dans le bled' c'est plus facile pour les municipaux d'être légitime en te foutant une prune pour un feeble sur un banc parce qu'après tout « y a un lieu pour pratiquer ça ». Maintenant que c'est comme ça, bon courage pour assumer le « free » de freestyle. La liberté ne concerne pas uniquement le style, elle défend aussi la liberté de s'exprimer sur n'importe quel support et dans n'importe quelle condition. Les skateparks limitent donc la créativité, l'exploration, l'adaptation et cette désobéissance civile que représente le street.

Autre point, l'importance électorale concernant la réalisation de ce genre de chantier. Et oui, maintenant que le bmx est de plus en plus médiatisé à tout va et que même les JO s'en mêlent, autant dire que le grand public se retrouve touché. C'est pour cela que le weekend les skatepark sont plus souvent remplies d'enfants en trottinettes, mini vélos, overboards et de familles en promenade que de vrais passionnés. Remettant en cause l'argument visant à encourager la médiatisation du bmx afin de légitimer les dits skatepark, à quoi bon si les réels pratiquants ne peuvent finalement pas pratiquer ?

Ceci nous entraine donc à penser que les institutions ne cherchent qu'à offrir de simples infrastructures de jeux et promenades visant le grand public, mais aussi à brider notre imagination, en nous imposant une sorte de parcours tracé, encadré, formaté, avec des spots reprenant le mobilier urbains. Sauf qu'un spot ce n'est pas juste un spot, c'est aussi son contexte et son intégration dans son milieu qui fait de lui un « spot ». De la même façon qu'une vague artificielle n'aura jamais la saveur et le charme d'une vague au petit matin à Bidart dans un bon mois. Ramenant ainsi le skatepark à un seul lieu d'entrainement, de practice afin d'aller, une fois les acrobaties acquises, peut être les reproduire dans la ville.

Lieu encadré et réglementé, entrainement, ça ne commence pas à vous chatouiller ? Si on a choisi d'aller faire du bmx plutôt que du foot ou du tennis c'était peut être aussi pour échapper à ce genre de chose, non ? Le bmx étant devenu une activité comme une autre, adieu la contre-culture et tout ce que cette idéologie représente. Plus besoin de créer son propre spot dans une grange ou dans la forêt, puisqu'après tout il y a un skatepark au coin de la rue. Pourquoi voyager pour aller rouler d'autres spots alors qu'on a un gros skatepark avec tout ce qu'il faut pour apprendre toutes les figures qui scorent à mort au FISE? Ok on peut voyager pour venir rouler les nouveaux skateparks voisins ou non, mais finalement est-ce qu'on a vraiment vécu et ressenti la ville/pays où on était ? A l'image d'un footballeur qui n'aura couru que dans un stade, pareil à n'importe quel autre arène de gazon ? Une fois de plus, tout cela nous renferme, nous déconnecte de la réalité et limite l'esprit de réflexion, l'esprit critique ou même l'ouverture sur ce qui nous entoure (ok le park est super, mais la ville est-elle si bien ? Comment vivent les gens ici ? Est-ce qu'il n'y aurait pas des choses à voir ? Se perdre ? Etc.).

Mais si on prend conscience de cette forme de contrôle, alors on a déjà fait la moitié du taf pour avancer et reprendre possession de ce qui finalement nous appartient (« by riders for riders »).

Beaucoup de grosses sociétés injectent de l'argent dans l'industrie mais elles n'achètent que l'image du bmx, alors que le cœur du machin c'est nous qui le faisons tourner, et ça le pognon bah c'est pas le moteur. Toutes les initiatives de constructions, de trail, de bois ou de bétons sont celles qui doivent être mis en avant et reconnues parce qu'uniquement démarrées par passion et par une véritable envie, pas par profit. Les mecs et les filles qui se salissent les mains et se crèvent à la tache vous le diront, ou plutôt ils vous montreront leurs spots et ils parleront pour eux.

De fait, le seul intérêt à ce nouvel engouement politique pour les skateparks municipaux serait justement de relancer notre esprit de contre-culture, de se réapproprier quelque chose qui nous échappe peu à peu, mais qu'on lâchera jamais, parce qu'on a toujours fait comme ça, de se retrouver au sein d'une communauté, d'assumer la marginalité. Parce qu'au final, et c'est encore plus vrai en ces temps obscures, la différence est une richesse.

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